dimanche, 24 décembre 2006

sermon de la vigile de Noël

Vigile de Noël 2006

 

Saint Anselme est le père de la scolastique. La scolastique présuppose la foi et utilise la raison pour comprendre ce qui est cru. Saint Anselme écrit : « Je crois afin que je comprenne ; la foi cherche à comprendre ce qu’elle croit » Pour saint Anselme, il ne suffit pas de croire ; il faut en plus chercher à comprendre ce qui est cru. Par exemple, il ne suffit pas de croire que le Fils de Dieu s’est fait homme ; il faut en plus chercher à comprendre ce mystère de notre foi.

 

Certaines personnes pensent que ce travail de compréhension et de pénétration des mystères de la foi est un travail dangereux, un travail qui ne doit pas être entrepris. L’exemple de tous les saints et en particulier, l’exemple de tous les saints théologiens et docteurs de l’Eglise manifeste très clairement que ces personnes sont dans l’erreur.

 

A la suite de saint Anselme, réfléchissons sur le mystère du Fils de Dieu qui se fait homme. Saint Anselme montre d’abord que ce mystère de l’Incarnation présuppose le mystère de la sainte Trinité. Il était tout à fait possible que chaque Personne de la sainte Trinité prenne une nature humaine mais la foi, qui guide notre recherche, nous enseigne que c’est seulement la deuxième de la sainte Trinité qui s’est incarnée. L’Incarnation du seul Fils de Dieu confirme la distinction des Personnes divines dans le sein de la sainte Trinité. Une seule Personne de la sainte Trinité s’est incarnée mais la création de la nature humaine du Fils de Dieu est l’œuvre de toute la sainte Trinité.

 

Saint Anselme se demande ensuite quelle est la raison profonde de l’Incarnation et voici sa réponse. La foi nous dit que plusieurs anges se sont révoltés contre Dieu de telle sorte qu’ils ont laissé des vides dans le Ciel. Pour combler ce vide, la sainte Trinité a décidé de créer l’homme, qui viendrait après un temps d’épreuve sur terre, occuper les places laissées vides par l’orgueil des mauvais anges. Cela explique d’ailleurs la jalousie des démons par rapport aux hommes. Nous savons par la foi, que ce plan de Dieu a été contrecarré par la faute de nos premiers parents et saint Anselme explique qu’il ne convenait à la bonté divine de permettre que la mauvaise volonté de l’homme mette un terme à son plan.

 

Il convenait donc à la bonté divine de restaurer l’humanité comme le prêtre le dit à l’offertoire de chaque messe. Mais saint Anselme ajoute que Dieu n’est pas seulement bon comme le pensent à tort les théologiens modernes, Dieu est aussi justice et il ne convenait pas que la restauration de genre humain se fît sans réparation par rapport à la justice divine. Mais comment réparer un tel mal qui est d’une certaine manière infinie car celui qui est offensé est infini ? C’est l’homme qui doit réparer puisqu’il est l’offenseur mais l’homme ne peut pas donner une réparation infinie puisqu’il n’est pas infini. Saint Anselme est ainsi amené à déduire la très haute convenance de la venue d’un Homme-Dieu qui parce que, devenu comme homme comme nous, pourrait agir au nom des hommes et parce que Dieu, pourrait donner une réparation infinie. L’Incarnation réalise ainsi la concordance entre ce qui convient à la bonté divine et ce qui convient à la justice divine. La bonté divine décide de restaurer l’humanité sans aucun mérite de sa part et la justice divine décide de recevoir la satisfaction du Dieu incarné à la place de la satisfaction des hommes ; c’est ce que saint Anselme a appelé la satisfaction vicaire du Christ.

 

Voilà ce que saint Anselme a trouvé en cherchant à comprendre ce que lui disait la foi. Il nous invite à cette recherche sur la foi et cette recherche n’est pas dangereuse car elle est guidée par la foi. Cette recherche présuppose constamment la foi et elle est limitée par ce que nous dit la foi. Si jamais nous trouvons quelque chose qui soit contraire à la foi alors notre recherche a été mauvaise, elle a été mal faite. Saint Anselme nous rappelle ainsi la nécessité d’étudier les choses de Dieu.