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mercredi, 08 août 2007

Quel est notre rôle dans la Cité ?

Extrait du discours prononcé par M. l'Abbé de Cacqueray le 19 VI 2007       

 

    L’on a trop souvent vu les clercs à travers les temps et plus particulièrement depuis quelques décades, se croire investis d’une mission politique et vouloir faire l’éducation politique de leurs ouailles. C’est la raison pour laquelle au lendemain des élections en notre pays, je me garderai  bien de vous proposer un commentaire de cette nouvelle oscillation politicienne où la vague bleue l’a emporté sur le champ des roses.

      

    Pourtant, nous ne pensons pas que cette vague, que l’on nous dit être bleue, pourra laver notre sol de ses péchés et de ses turpitudes. Etant sale en elle-même, elle n’a pas la puissance de rafraîchir, de renouveler et de rajeunir. C’est peut-être bien une vague, mais elle se trouve au fond d’un égout ; c’est pourquoi la solution politique de notre pays ne sera pas trouvée tant que l’on s’obstinera à penser qu’elle peut provenir d’ un va et vient tantôt bleu, tantôt rose.

     

      Mais il ne nous vient pas à l’idée, parce que notre pays se trouve englué dans cette sentine, de nous en désintéresser ni d’attendre qu’il soit retiré du croupissement où il se trouve, par l’effet de nos seules prières ni même par un miracle de Dieu. Bien sûr, Dieu peut faire  un miracle s’il le souhaite, mais ce miracle demeure un moyen extraordinaire qui ne saurait nous dispenser d’œuvrer sur nos créneaux.

   

    Il ne faut donc pas nous indigner, si la France baigne dans un tel cloaque, que ceux qui n’ont pas encore désespéré du salut politique de notre pays, aîent parfois du mal à ne pas être imprégnés d’odeurs nauséabondes. Puisque nous vivons sur cette terre, nous sommes bien obligés d’en fouler le sol ; ce serait donc un rêve que d’imaginer y vivre sans nous préoccuper de nos campagnes et de nos cités et ce n’est pas parce que l’air y est empesté qu’il faut pour cela que nous nous arrêtions de respirer. L’homme est un animal politique et il est impossible à celui qui vit sur la terre d’échapper à la situation concrète telle qu’elle est,  si peu reluisante qu’elle soit.

 

    L’orientation essentielle de cette  politique est d’établir le règne de Notre Seigneur,  pas seulement  dans les sacristies ni au fond des âmes, mais aussi très réellement dans nos campagnes, nos cités et sur tout notre pays. Tout est à Lui. Qui a donc le droit de retirer quelque chose à Son empire et comment le monde peut-il tourner s’il ne Le reconnaît pas comme le seul axe valable ?

 

   En matière de politique, la France possède la gloire d’une espérance incarnée  de la façon la plus sublime par sainte Jeanne d’Arc. Nous ne perdrons jamais notre temps à réfléchir ni à tirer les leçons de l’exemple qu’elle nous a laissé et ce serait commettre un contre sens désastreux de ne voir dans sa mission, qu’une chevauchée éthérée où les murailles tombent d’elles-mêmes, où les anglais cessent d’être les excellents combattants qu’ils sont et où la reconquête du sol français se produit la fleur au fusil.

   

     La spiritualité de Jeanne ne consistait pas à croire Dieu tellement puissant qu’il eût fallu tout lui laisser faire et le regarder agir en se croisant les bras. Bien au contraire, elle a enfourché un véritable destrier, s’est fait donner une véritable épée et elle a payé de sa personne : au siège de Paris sa cuisse est traversée par un trait d’arbalète ; à Jargeau, elle tombe sous le poids d’une pierre lancée du haut des remparts ; à Orléans, un premier trait d’arbalète la traverse du sein à l’aisselle. Elle paye de sa personne et de sa chair jusqu’aux flammes du bûcher.

Elle a dû vaincre les tendresses familiales et laisser sa mère filer la laine,

S’arracher aux siens pour obéir à l’appel de la mission divine,

Partir pour suivre ses voix contre la sagesse de tous les sages,

Partir contre toutes convenances au milieu des soldats,

Habillée en homme, dût-elle être moquée et condamnée,

Passer outre au dessus des juristes, des diplomates et des clercs !

Faire fi de la médiocrité de bien des hommes,

Braver les autorités, chanceliers ou capitaines,

Menacer un roi étranger, attaquer ses troupes, forcer ses bastilles,

Lui enlever des villes,

Remonter le moral de tout un peuple abattu par la défaite,

Imposer le respect de Dieu à l’armée et le sacre de Reims aux politiques,

Vaincre l’inertie du roi et le persuader de sa légitimité,

Aller malgré l’intrigue et la trahison,

Accepter les prisons, la calomnie, le calvaire moral,

Toujours résistant à l’imposture, à 17 ans.

Pour servir Dieu d’abord, à temps et à contre temps.

 

   L’inspiration divine qui était si manifestement présente en elle, n’a pas épargné les transpirations de l’âme et du corps. Nous autres, qui sommes si loin de ce souffle divin, nous ne croyons plus aux vertus de l’inspiration qui a instruite Jeanne du chemin à parcourir ni même aux nécessités des transpirations de l’âme et du corps, pour que triomphe cette inspiration. Et que nous manque-t-il donc ? Précisément il nous manque l’inspiration et  la transpiration.

 

    Il nous manque l’inspiration qui est pourtant bien donnée par Dieu à ceux qui l’écoutent et qui sont prêts à le suivre à travers toutes les chevauchées et toutes les cavales de l’âme et du corps qu’il exigera. Cette inspiration ne manquera pas de produire la vraie respiration de l’âme que l’on renouvelle dans la fidélité quotidienne à la prière, à la recherche studieuse de la vérité, aux Exercices Spirituels de saint Ignace qui retrempent les âmes.

 

   Il nous manque la transpiration, l’effort que l’on maintient, qui ne se couche pas dans les adversités, qui ne désespère pas dans les défaites, qui sait que le combat selon le mot de Jeanne est le combat d’aujourd’hui et qu’il  vaut mieux «  aujourd’hui que demain et demain que plus tard ».

 

     Mais me direz-vous, en ce qui concerne la France et la question politique, que nous faut-il faire concrètement ?  Il nous faut freiner la descente et la déchéance.

     D’abord par la prière : elle doit être omniprésente dans notre vie parce qu’elle soutient notre pureté d’intention dans l’action ; elle nous tourne vers le Sacré Cœur pour Lui consacrer tout ce que l’on arrive encore à Lui consacrer de tissu social.

 

    Ensuite, par l’utilisation de tous les moyens légaux qui sont à notre disposition, mais sans nous bercer d’illusion sur ces moyens. Aussi, dans cette intention, mes encouragements vont-ils à tous les catholiques qui oeuvrent courageusement dans la cité pour défendre les vestiges d’ordre qui subsistent encore et cherchent à reconstruire ce qui peut encore l’être.
 
    Abbé de Cacqueray